Notre histoire commence en Février 2008 par la rencontre de jeunes Français aux détours de rues sableuses de la ville de M'bour au Sénégal.
Chacun de nous avait remarqué la présence de ces enfants dans tous les recoins de la cité et aucun n'y était resté indifférent. Mal vêtus, sales, malades et sous alimentés, ils faisaient la mendicité dans l'espoir de glaner un peu de nourriture ou une pièce. Nous nous sommes donc penchés sur ce fléau. Nous avons appris qu'ils étaient appelés les enfants talibés.
Ces petits confiés par leurs parents à des marabouts afin de parfaire leur éducation religieuse se retrouvent dans la rue et doivent subvenir seuls à leurs besoins vitaux. L'argent récolté doit être remise à leur maitre sous peine de châtiments moraux ou corporels. Ces informations prises, il était déjà trop tard pour nous. L'émotion nous avait envahie et nous ne pouvions plus faire marche arrière.
Nous avons dans un premier temps organisé des collectes de vêtements et de chaussures mais cette mesure nous semblait déjà bien insuffisante face à l'ampleur de la situation.
Un recensement nous dévoile alors le chiffre vertigineux de 7000 petits talibés à Mbour.
Si les actions déjà menées par d'autres sur le terrain en terme de nutrition et de soin nous paraissent importantes, le problème de l'avenir de ces enfants se révèle essentiel.
Quel projet peut on faire quand on a six ans, seul, sans avoir revu ses parents depuis plusieurs années, que l'on ne sait ni lire ni écrire et encore moins parler français ?
Entre eux, ils utilisent le wolof et sont par conséquent différent des autres enfants de leur Pays qui parle français à l'école.
Nous réunissons alors nos idées, nos envies et notre courage et créons Keur Talibés en Avril 2008.
A force de suggestions et de motivations, notre projet prend forme. Mais ce n'est qu'a l'arrivée de nos 10 premier talibés qu'il se met à vivre.
Amadou, Mame Saer, Mustapha, Mansour, Ousmane, Cheik Omar, Adoul Aziz, Idrissa et les 2 Modou en deviennent le cœur.
En accord avec leur marabout ils vont désormais venir au centre de Keur Talibés deux fois par semaine pour apprendre la lecture, l'écriture et la langue française.
Le contrat entre le marabout et nous est simple : des enfants bien traités pouvant suivre des cours d'alphabétisation contre des soins et du riz pour tous, lui et sa famille y compris.
Suivis au quotidien par notre ami instituteur Auguste, les enfants ont fait d'énormes progrès dans toutes les disciplines.
Un climat de confiance s'est instauré entre le marabout et les membres de l'association et force est de constater à chacune de nos visites que les enfants se portent bien, ne subissent aucune sévisse, ne mendient plus.
La bonne volonté dont ils font preuve pour les études, nous permet d'envisager le futur avec plus de sérénité.
Le marabout serait prêt à laisser les plus petits reprendre le chemin de l'école grâce au parrainage français et les plus grands pourraient se tourner vers une formation professionnelle, gardant le soir pour l'étude du livre saint.
Si nous considérons qu'une partie de notre projet à abouti, nous sommes conscients qu'il reste énormément de travail.
Cette première expérience est pourtant déjà payante car d'autres marabouts se tournent aujourd'hui vers nous.
Avec toujours autant de conviction, nous espérons que cette histoire aura un jour une fin et que les talibés auront comme tous les autres enfants le droit à l'éducation.

